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Coronavirus et ventilation : Que sait-on ? Quelles recommandations ?


Une étude chinoise a mis en lumière le rôle possible du soufflage de l’air dans la propagation du virus par voie aéroportée. Devant les inquiétudes que suscitent cette analyse, Uniclima fait le point.



Tout a commencé dans un restaurant climatisé de Canton (Guangzhou, Chine). Une étude chinoise, relatée notamment dans Le Monde , démontre qu'une personne asymptomatique venant de Wuhan a contaminé, pendant le repas, neuf autres personnes, toutes distantes de plus d'un mètre. Le facteur clé de cette bouffée épidémique semble être le flux d'air pulsé par le climatiseur. Une histoire qui a déclenché de vives réactions partout dans le monde.


Jean-Paul Ouin, délégué général d'Uniclima, le syndicat des industries thermiques, aérauliques et frigorifiques, considère lui, que « le point de départ de ce débat sur la transmission par voie aéroporté du virus est discutable ». Il rappelle en particulier qu' « une démarche scientifique rigoureuse nécessite plusieurs analyses comparables » et précise que, « selon le Haut conseil de la santé publique, il n'existe mi-mai pas d'études prouvant une transmission interhumaine du virus par des aérosols sur de longues distances ».


La contamination par voie aéroportée, un facteur à ne pas négliger Suzanne Déoux, docteur en médecine, ingénieure de santé dans le cadre bâti et urbain, nuance ces propos. «

Jusqu'alors, la question du transport par l'air de particules chargées de virus a été peu ou pas du tout abordée. Pourtant, c'est un facteur de contamination à ne pas négliger. »


Dans une tribune parue sur son site internet ( medieco.fr ), elle s'appuie sur une étude menée par Lidia Morawska , experte de renommée mondiale en matière de qualité de l'air à l'Université du Queensland (Australie), qui rappelle que « si l'expiration, les éternuements et la toux génèrent des grosses gouttelettes muco-salivaires qui se déposent sur des surfaces près du point d'émission, ils créent aussi de plus petites gouttelettes libres de voyager dans l'air et de transporter leur charge virale à des mètres voire des dizaines de mètres dans l'air intérieur. La transmission virale s'effectue alors par aérosol » , explique Suzanne Déoux. Mais, il reste difficile de détecter les virus se déplaçant dans l'air. La chercheuse Lidia Morawska martèle alors : « le fait qu'il n'existe pas de méthodes simples de détection ne signifie pas pour autant que les virus ne circulent pas dans l'air ».


Les industriels répondent par des recommandations « A ce stade de méconnaissance du SARS-CoV-2, difficile donc de statuer et d'incriminer les installations de climatisation / ventilation / chauffage (CVC) », juge le directeur général d'Uniclima. Alertés, les industriels du génie climatique, ont tout de même décidé d'informer les utilisateurs de leurs produits.


En collaboration avec l'ensemble de la filière et en s'appuyant sur les données de l'INRS et de l'OMS, la profession a répondu au travers de recommandations . Relatives aux installations de chauffage, de ventilation, de climatisation et de réfrigération dans le cadre du COVID 19, elles sont disponibles dans une version mise à jour au 11 mai 2020 sur le site du syndicat.


« Il faut renouveler l'air »

Un constat fait l'unanimité : « pour limiter les risques biologiques, il faut renouveler l'air », insiste Violaine Ohl-Gasteau, responsable technique filtration et épuration pour la qualité de l'air chez Uniclima. « Le maintien en fonctionnement des systèmes de renouvèlement d'air ou de ventilation pendant les épisodes épidémiques contribue à limiter le risque de confinement du virus par l'apport d'air neuf dans les locaux » , explique-t-elle.


Ouverture des fenêtres, augmentation des débits d'airs insufflé et extrait lorsque les locaux sont inoccupés, fonctionnement en continu des systèmes de ventilation, sont autant de mesures possibles pour maximiser le renouvellement d'air. A contrario, le recyclage d'air doit être limité, voire même arrêté, dans le cas d'échangeur à roues et de by-pass au coeur des centrales de traitement d'air.


Quant aux opérations d'entretien et de maintenance des systèmes, elles doivent être maintenues

selon les recommandations des fabricants. En effet, « si l'utilisateur remplace ses filtres par d'autres plus sophistiqués, il risque de remettre en cause la performance du système et d'occasionner des pertes de charge », précise Violaine Ohl-Gasteau.


Si des cas avérés de personnes contaminés sont détectés dans les locaux, l'experte conseille de « procéder au nettoyage immédiat des filtres et de maintenir le système de ventilation en fonctionnement pour extraire l'air vicié. »


Quelques précisions

En complément d'une première version établie au 4 avril, s'ajoutent des recommandations sur les unités de climatisation. Ces dernières doivent fonctionner en continu à petite vitesse et le nettoyage des filtres doit intervenir chaque semaine. « Il faut éviter les fortes variations de ventilation afin de maitriser le flux d'air », pointe Emmanuelle Brière, responsable technique froid et climatisation pour Uniclima


« Autant de mesures pragmatiques et de bons sens, selon Jean-Paul Ouin. La qualité de l'air, c'est un sujet sur lequel la profession se bat depuis plusieurs années. Peut-être qu'avec cet épisode épidémique, les gens se rendront compte que ces équipements sont nécessaires, qu'il faut renouveler l'air, ventiler, filtrer et nettoyer les systèmes ». Leur entretien ne peut pas relever du superflu.


Date : 13/05/2020

Heure : 18:55:06

Journaliste : Amélie Luquain

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